Entretien sur Rhinocéros

A la suite de la publication de mon annonce pour le théâtre de demain, le site de critiques théâtrale Rhinocéros a publié un entretien sur mon parcours et mes aspirations. Merci à Oriane pour son écoute et son regard acéré !

À la recherche du nouveau souffle

Un appel étrange circule sur les réseaux sociaux depuis le 23 août 2016 : Metteure en scène cherche associé pour créer le théâtre de demain. Intrigué, le Rhinocéros est allé à la rencontre d’Ariane Raynaud, la jeune femme derrière cet appel.

En août, Paris – et par extension la fourmilière théâtrale qu’elle abrite – ont la réputation d’être à l’état de mort cérébrale. Ça n’a pas arrêté Ariane Raynaud. Le 23 août 2016, la jeune femme lançait un appel étrange et pour le moins ambitieux depuis son blog personnel : Metteure en scène cherche associé pour créer le théâtre de demain. Le Rhinocéros a relayé cet appel sur la page Facebook, avant de se dire qu’il fallait en avoir le cœur net. Un mardi à 14h, nous prenons un café avec Ariane, boule d’énergie et d’enthousiasme.

Tu as 28 ans et tu es metteure en scène. Mais au départ, tu ne te destinais pas au théâtre. Quel a été ton parcours ?

Effectivement, je n’ai pas suivi le cursus “classique” du conservatoire. Mais dans le théâtre, les parcours atypiques ne sont pas rares. Je fais du théâtre depuis que je suis toute petite : j’ai commencé à 12 ans, avec la MJC de ma ville. On avait une super troupe, on organisait nous-mêmes nos spectacles. À 16 ans, on a fait une petite tournée dans le Vexin : on installait des tréteaux le matin, l’après-midi on collait des affiches et on faisait du porte à porte pour dire aux gens de venir, on jouait le soir puis on dormait tous ensemble dans un gîte. C’était ma première expérience de troupe, et j’ai adoré.

Pas au point de te dire que ça pouvait être ton métier ?

Non. Je ne sais pas pourquoi, mais à 16 ans, je m’étais mis en tête que mon truc, ça allait être la communication. Je voulais faire le CELSA. Alors j’ai fait une prépa B/L, Lettres et Sciences sociales, puis j’ai passé les concours. Je les ai eus, et la première chose que j’ai faite en arrivant, ç’a été d’intégrer la troupe de théâtre de l’école. Au début, j’étais comédienne, mais l’année suivante, la personne qui faisait la mise en scène est partie parce qu’elle avait fini ses études. Hyper naturellement, je me suis retrouvée à sa place, avec une autre personne. On a monté L’Atelier de Jean-Claude Grumberg, qui est un texte génial. La troupe était super motivée, on tournait dans des festivals… Au final, je n’ai pratiquement aucun souvenir des cours !

As-tu travaillé dans la communication ?

J’en suis quand même passé par là, oui : je suis allée chez Stage Entertainment pour faire un stage (NDLR : producteurs de comédies musicales à succès, notamment Mamma Mia, The Lion King, etc.), et encore aujourd’hui, ça reste une des expériences les plus importantes pour moi. On avait une liberté folle et des moyens. Pour la promotion de Mamma Mia, on avait un char à la Gay Pride ! Qui fait ça aujourd’hui ?

Puis j’ai vécu 6 mois à Berlin, je faisais mon mémoire sur l’expérience du spectateur au théâtre, et puis j’ai fait de l’impro franco-allemande. J’expérimentais pas mal, je n’avais pas vraiment envie de commencer la vie active. Je me souviens m’être dit là-bas que si j’étais vraiment honnête, le métier que j’aurais aimé faire, c’est metteure en scène. Mon mec m’a dit : “Je ne suis pas sûr que le milieu du théâtre soit fait pour toi”. Dans un sens, il n’avait pas tort, le milieu du théâtre tel qu’il est aujourd’hui ne me correspond pas vraiment !

Après ce stage, j’ai eu un CDD au Théâtre Marigny. C’était déjà Pierre Lescure qui le dirigeait, j’étais complètement raccord avec la vision créative, avec la ligne artistique, bref,sur le papier, ça s’annonçait génial. Et finalement, ça ne s’est pas du tout passé comme je le pensais. Heureusement, j’avais ma compagnie à coté, et on continuait de monter des spectacles, mais je manquais de confiance en moi. Un jour, j’ai demandé à Lescure de venir voir une pièce que j’ai mise en scène. Lorsque la représentation s’est achevée, j’attendais son opinion comme le jugement dernier ! Je lui ai demandé : “Est-ce que vous pensez que j’ai du talent ?” Il m’a répondu : “Il y a un point de vue.” C’était l’impulsion qui me manquait pour me lancer pour de bon.

Quand te lances-tu ?

En 2012. Pendant un an, j’ai écrit des lettres manuscrites sur du bristol que j’envoyais aux théâtres, en sollicitant des rendez-vous avec des metteurs en scène, juste pour discuter. Ça surprenait tellement qu’ils répondaient ! J’ai pris des cafés avec Alexis Michalik, Michel Fau, Jacques Nerson… Après plusieurs mois, j’ai commencé à décrocher des missions d’assistante à la mise en scène. Au début, ça n’était pas payé. Mais les metteurs en scène m’ont beaucoup appris, d’ailleurs je continue de les assister aujourd’hui.

Comment t’en sortais-tu financièrement ?

J’étais rédactrice web à coté. C’est un job que je fais encore aujourd’hui, un peu moins qu’avant. D’ailleurs, j’ai été interviewée pour un livre sur les slasheurs (NDLR : des gens qui, entre 25 et 35 ans, cumulent plusieurs métiers) qui sortira bientôt. Je suis très contente de savoir écrire, faire un site, un dossier. C’est un gros avantage. Mais bon, je rêve du moment où je pourrais me consacrer à 100% au théâtre !

Où en es-tu maintenant ? Pourquoi as-tu lancé cet appel ?

J’ai monté plusieurs spectacles, souvent pluridisciplinaires. Il y a Love for Sale, un spectacle musical autour de Cole Porter ; Château en Suède, une comédie grinçante ; et Team Spirit, qui se passe dans les vestiaires d’un tournoi de foot LGBT.Financièrement, je les ai tous créés de façon indépendante, ce qui m’a permis d’avoir une liberté artistique totale. 

En revanche, quand j’ai cherché à les diffuser, je me suis heurtée à des critères qui m’ont semblé très flous et pourtant très normatifs. Pendant plus d’un an, j’ai cru que le Graal serait de trouver un producteur. J’ai cherché, cherché… À certains moments, j’ai cru trouver, mais il y avait toujours quelque chose qui n’allait pas. On me disait tout et son contraire sur les spectacles : trop contemporains, pas assez, sujet pas assez vendeur, on est trop jeune, ou trop nombreux sur scène…

Au bout d’un moment, tous ces “non”, ça m’a fait réfléchir. J’ai commencé à “brainstormer” avec des proches. Une grande partie de mon entourage n’est pas dans le milieu du théâtre, ça permet d’avoir un regard différent sur ce milieu. J’ai commencé à écrire un manifeste du théâtre décomplexé, qui est devenu un manifeste du théâtre indépendant. Ça ne concerne pas tant la création : le cœur du théâtre, il ne sera jamais en danger, les gens auront toujours envie qu’on leur raconte des histoires. C’est tout le système autour qui est à bout de souffle. Il n’y a eu aucune innovation dans les circuits de production depuis trop longtemps. Les budgets sont de plus en plus réduits.

Et puis l’approche reste profondément élitiste. On n’arrive pas à faire un théâtre grand public de qualité. Les Anglo-Saxons, eux, ont cette capacité à faire du mainstreamintelligemment. Pourquoi on ne pourrait pas faire ça en France ? Dans le théâtre, l’idée c’est quand même que les gens viennent de leur plein gré, pas pour s’instruire ou parce que ça “fait bien”. Il est temps de se débarrasser de nos complexes et de rendre ses lettres de noblesse à l’entertainment.

Face au cinéma ou à la télé, le spectacle a de gros avantages concurrentiels : le sensoriel, la performance, l’énergie, l’intensité… Pour moi, aujourd’hui, le théâtre est comme la presse : il n’est pas mort, il doit s’adapter. Ça passera par une nouvelle façon de faire les choses. Par exemple, on est de plus en plus nombreux à travailler de façon horizontale, dans des structures où c’est le collectif qui prime, et non un metteur en scène omnipotent et omniscient. Je suis aussi convaincue qu’à un moment, il faudra créer nos propres lieux, nos propres modes de communication, dans lesquels le public aura un accès plus direct à l’art.

Tu es née à la fin des années 80. Est-ce que tu as la sensation de faire partie de la Génération Y, des millenials ?

Je suis un peu plus vieille pour être une millenial, non ? Mais oui, ce que je dis s’inscrit là-dedans. Et je veux participer à l’émergence du théâtre de cette génération.

As-tu trouvé ce fameux associé ?

Ce n’est pas un associé que j’ai trouvé, mais trois ! J’ai une équipe en béton, maintenant tout me semble possible.

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