Le syndrome de l’imposteur

Vous avez peut-être déjà entendu parler du syndrome de l’imposteur. Voici ce qu’on peut trouver à ce sujet sur Wikipédia :

« Les personnes atteintes du syndrome de l’imposteur (…) expriment une forme de doute maladif qui consiste essentiellement à nier la propriété de tout accomplissement personnel. Ces personnes rejettent donc plus ou moins systématiquement le mérite lié à leur travail et attribuent le succès de leurs entreprises à des éléments qui leur sont extérieurs (la chance, un travail acharné, leurs relations, des circonstances particulières). Elles (…)  s’attendent à être démasquées d’un jour à l’autre. »

Vous vous reconnaissez ? Moi aussi.

Selon les études, ce syndrome touche 70% des gens à un moment à un autre de leur vie, avec une préférence pour les femmes, les surdoués et les autodidactes. Les gens les plus chouettes quoi. (Mais non, vous aussi les hommes qui avez confiance en vous, vous êtes trop chouettes).

Prenons l’exemple de ce site, que je viens de terminer. Je n’ai pas embauché d’inconnus pour faire de fausses photos de spectacle, tout ça a vraiment eu lieu. Et pourtant, en voyant tout ça à la suite, joliment présenté, l’angoisse me prend : « On va croire que je suis vraiment metteur en scène ». ALERTE IMPOSTURE

Pourquoi ne pas avoir confiance en soi, c’est mal

Quand le syndrome me guette, j’ai l’impression que je n’ai pas le droit à l’erreur. Quand on est metteur en scène (oui j’apprends à dire que je suis metteur en scène comme si de rien n’était), l’essentiel de son travail repose sur sa propre légitimité.

Mon travail, c’est de convaincre 10 comédiens pétris du même syndrome d’imposture que mes idées sont bonnes, qu’ils sont beaux et que ce qu’on va faire, c’est bien. J’ai donc en tête cette image d’Épinal d’un super-metteur en scène, toujours un homme bien sûr, que tout le monde suivrait les yeux fermés grâce à son autorité naturelle indéniable. Super-metteur en scène n’a pas de doutes, il a une vision. Quand il annonce aux comédiens qu’ils vont jouer en apnée, personne n’a envie de le faire mais tout le monde accepte, en se disant que super-metteur scène sait forcément ce qu’il fait.

Super-metteur en scène me fait beaucoup de mal, d’abord parce qu’il n’existe pas. Ensuite, parce qu’en l’érigeant en modèle, j’oublie qu’on peut avoir du talent ET des doutes. Et j’essaye d’avoir l’air parfaite, ce qui a peu de chances de fonctionner.

Quand j’expliquais à Mathilde combien j’étais impressionnée par les comédiens tellement talentueux et expérimentés que je devais diriger pour la lecture d’Oliver Twist, le musical, elle m’a répondu :
« Pourquoi tu ne fais pas comme dans Love for Sale ? Tu nous demandes d’essayer quelque chose, et quand ça ne te plait pas tu dis : c’était nul, oubliez cette idée ça ne marche pas. Et on passe à autre chose. »

Force est de constater que quand je suis en confiance, je ne m’embarrasse plus de tous ces scrupules et j’assume de ne pas tout savoir. Il s’avère que c’est beaucoup plus productif et intéressant d’être un être humain avec ses qualités et ses faiblesses.

Pourquoi rire de soi, c’est bien

Quand Super-metteur en scène me hante, j’invoque mon armée sorcières personnelles, qui vont chasser à coup d’humour et d’honnêteté ce vieux beau qui se la pète et que tout le monde déteste secrètement. J’ai nommé : Tina Fey, Amy Poelher, Lena Dunham, Mindy Kaling, Amy Schumer et les autres.

Ces filles ont réussi en étant complètement elles-mêmes, et ce sont justement leurs défauts, leurs faiblesses, leurs looses qu’elles utilisent pour faire rire. Cela les rend infiniment plus sympathiques et populaires que Gwyneth Paltrow, qui essaye de faire croire au monde entier que le kale, c’est bon.

Et même si je n’envisage pas de faire de moi une marque internationale, cela m’inspire pour mon travail au quotidien. Chaque metteur en scène a sa personnalité, sa façon de faire. Moi par exemple, je déteste prendre des décisions unilatérales : une décision prise en groupe sera toujours plus efficace et intéressante à mes yeux. Cela ne veut pas dire que je suis faible ou que j’ai peur des responsabilités. À moi de mettre la limite sur ce que je dois trancher seule. Et j’apprends tous les jours un peu plus à le faire, grâce à mes comédiens qui me font confiance, grâce aux metteurs en scène que j’assiste et observe, grâce à l’expérience tout simplement. Grâce à Lean in de Sheryl Sandberg, grâce aux gens autour de moi qui osent se montrer tels qu’ils sont, avec leurs contradictions, leurs doutes et leurs réussites.

Sortons ensemble de l’imposture

Je pense que le syndrome de l’imposteur ne pourra reculer qu’à une seule condition : il faut que nous assumions tous notre part de loose. Une grande partie de notre sentiment d’illégitimité provient d’une comparaison permanente aux autres, qui ont toujours l’air de réussir spécialement mieux que nous.

D’abord, apprenons à nous comparer de façon constructive : par exemple, je suis paralysée d’angoisse quand je pense à Alexis Michalik. À mon âge, il avait déjà écrit et mis en scène deux ou trois pièces et il y a peu de chances qu’à 33 ans je sois comme lui en train faire une tournée internationale avec 4 Molière dans ma valise. Et pourtant c’est lui-même qui m’a conseillé un jour de ne pas trop chercher à assister des metteurs en scène, pour ne pas me laisser bouffer par la façon de faire de quelqu’un, en oubliant mon propre style.

Ensuite, embrassons la loose : plus ça va, plus je suis persuadée que vivre des périodes de creux, où l’on est livrés à soi-même, c’est 1000 fois plus formateur qu’un coaching payé par l’AFDAS. De même que commencer le théâtre en faisant tout soi-même, ça permet de ne pas paniquer quand il y a une fuite d’eau sur scène ou qu’on a 2 semaines pour monter une pièce de Tchekhov.

Enfin, arrêtons de nous mentir. On le sait tous, Facebook et les réseaux sociaux sont un miroir aux alouettes où nous projetons tous une vision fantasmée de ce que seraient nos vies si on enlevait les parties nulles. Personne n’a jamais publié de statut « 20h30, je me mets au lit parce tout le monde m’emmerde aujourd’hui #cheveuxgras #jaidinédeschocapic ». Pourtant tout le monde le fait. Tout le monde le fait, hein ? Du coup j’ai écrit un manifeste de la loose.

MANIFESTE DE LA LOOSE

Parce que reconnaître ses looses, c’est aussi accepter ses réussites.

Il y a des jours où rien de ce que je fais n’est utile.
Quand j’attends qu’on me rappelle et que je relance les gens sans avoir de réponse, je me sens comme une merde.
Je ne suis jamais allée à Avignon. Je pense que si j’y vais en tant que spectateur je mourrais de frustration, alors je n’y vais pas.
J’ai peur du jour où je n’aurai plus l’étiquette de la jeune metteur en scène pour expliquer pourquoi j’en suis là où j’en suis.
J’adorerais être riche. Je suis une artiste oui, mais je partirais bien aussi en weekend dans un Relais & Châteaux.
J’ai peur d’être trop normale pour être une « vraie » artiste.
Je n’ai pas encore gagné un seul euro en tant que metteur en scène. C’est l’assistanat et mon travail de freelance qui me font vivre.
Je culpabilise dans les périodes où je travaille moins que la moyenne des gens.
J’ai encore l’impression de mentir quand on me demande ce que je fais et que je dis « metteur en scène ».

ENTREZ AVEC MOI DANS LA GRANDE RONDE DE LA LOOSE

 Ouf. J’ai dû résister 3 fois à l’envie d’effacer une phrase.

Toutes ces looses n’empêchent pas que je suis convaincue d’avoir choisi la vie qui me convient, avec son bon gros lot d’emmerdes. Et quand je regarde ce site que je viens d’achever, je suis fière de moi et des projets que j’ai fait naître avec des gens merveilleux.

Pour finir, pluie d’amour sur Tina Fey, qui a brisé le tabou des gaines avec sa superbe habituelle :

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3 réflexions au sujet de « Le syndrome de l’imposteur »

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